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Le Curé et le Mort - La Fontaine

Introduction : Fable traditionnelle utilisant un événement d'actualité (lors du convoi mortuaire du comte de Bouflers, le carrosse s'est renversé et le cercueil a suivi, décapitant le curé), relaté par Mme de Sévigné dans ses lettres, pour l'édification du lecteur.

 

Question : quel jeu LF entretient-il avec son lecteur ?

 

I.                   Le plaisir de la lecture : représentation humoristique d'un enterrement

 

1.      Contraste entre le curé et le mort

Champ lexical de la mort très présent dans la fable opposé aux considérations très "terrestres" du curé qualifiées au vers 29 "d'agréables pensées". Octosyllabe dominant, vers sautillant, en accord avec l'expression "au plus vite" qui est en décalage avec la solennité habituelle du thème. Opposition entre les adverbes "tristement" et "gaiement" mis en valeur à la rime. Parallélisme des constructions des vers 1 et 4 qui renforce l'opposition.

 

2.      Humour du fabuliste

Présence importante du narrateur. Adjectif possessif "notre"défunt, "hélas" au vers 7, "adieu" au vers 30. Choix du nom, Jean Chouart qui se trouve déjà chez Rabelais dans Pantagruel... Personnification du mort. Périphrase plaisante :"le paroissien en plomb".Commentaire amusé au vers 19, le mort représente "un trésor" pour le curé. Enumération comique des prières récitées mécaniquement qui rappelle Rabelais. L'auteur en imaginant les pensées du curé transforme la tonalité du spectacle.

                       

II.                 La critique amusée : la satire du clergé.

 

1.      La cupidité

La richesse du défunt "en carrosse porté", "son seigneur" fait espérer au curé une très bonne rétribution concrétisée par la répétition de "tant" vers 22 et 23, l'ironie de l'euphémisme"menus coûts". Le mort représente de façon concrète la fortune du curé (champ lexical du gain, rime suggestive "mort", "trésor")

 

2.      Les autres défauts traditionnellement reprochés au clergé.

La critique des curés est un thème fréquent au Moyen Age dans les Fabliaux, au XVIe siècle chez Rabelais et Marguerite de Navarre et au XVIIe siècle chez les moralistes. Cette satire n'a rien de révolutionnaire…

L'hypocrisie : le curé est apparemment en prière ("et récitait à l'ordinaire")

La gourmandise : le curé projette l'achat d'un tonneau du "meilleur vin des environs" v 24

La lubricité : les projets du curé concernant sa nièce" et la chambrière  (vers 26 à 28) ne sont guère en accord avec des vœux de chasteté (cf. l'allusion aux cotillons, jupon s des paysannes)

 

III.              Deux apologues pour une même morale.

 

L'apologue est composé de deux parties, dont on peut appeler l'une le corps, l'autre l'âme. Le corps est la fable ; l'âme, la moralité" Préface des Fables

 

1.      Le ridicule des "plans sur la comète"

Les pensées du curé révèlent avec une grande précision, des plans très profanes. Progression dans le rêve comme dans la fable qui précède, La Laitière et le Pot au Lait (VII, 9). Le curé imagine toutes les utilisations possibles de la grosse somme qu'il pense obtenir de la famille du défunt (acheter du vin et prendre une bonne à son service). Il pousse plus loin encore les hypothèses en imaginant les relations qu'il pourrait avoir avec la nièce et sa chambrière.

Les plans échafaudés s'écroulent face au destin. Brutalité de l'accident : présent de narration, rupture définitive marquée par "adieu" à prendre dans son sens étymologique, rime "pensée"/"cassée". Humour noir : le curé est tué par celui qui devait lui rapporter (possessif "son mort"v22, v27), le vivant est tué par le mort …

 

2.      Une morale traditionnelle

Les histoires plaisantes de Perrette et de Jean Chouart servent à illustrer le danger de la rêverie qui consiste à "faire des châteaux en Espagne" v 31 de. La Laitière et le Pot au Lait. Le lecteur et le fabuliste sont concernés ("toute notre vie","voilà"). Le Curé et le Mort ajoute une dimension chère aux moralistes du XVIIe siècle : l'omniprésence de la mort qui peut tout faire basculer en un instant. Opposition entre le début de la fable avec la répétition de "s'en aller"marquant la différence entre les deux hommes et le v 35 "Tous deux s'en vont de compagnie", ils sont maintenant égaux !

 

Conclusion : Richesse de la fable qui repose sur des jeux de connivence : une satire pleine d'humour, une double morale avec variation par rapport à la fable précédente et une complicité avec le lecteur qui rend l'apologue efficace et permet à La Fontaine de corriger son lecteur en lui montrant" un tableau où chacun de nous se trouve dépeint." Préface.

 

Autres questions possibles : Quels sont les registres de cette fable ?

Etudiez l’efficacité de cet apologue.

En quoi cette fable répond-elle à l’esthétique classique ?

Louise 18/05/2014 11:43

Merci beaucoup, je n'ai plus qu'a esperer pour mon Bac de Francais. ♫