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Les Compagnons d'Ulysse - La Fontaine

Introduction : Les Compagnons d’Ulysse = livre XII, 3e volume des Fables (1694). Volume qui ne contient qu’un  livre de fables + des contes et dédié au duc de Bourgogne, petit fils de Louis XIV, âgé de 12 ans, élève de Fénelon qui a écrit pour lui Les aventures de Télémaque (cf p 502). C’est la 1ere fable du recueil à la suite d’une dédicace prolongée par une autre dédicace en vers. Cette dédicace montre comme pour Les aventures de Télémaque que les classiques suivent leur principe d’ »instruire et de plaire » en même temps. Le but ici est clairement d’enseigner comme le dit La Fontaine lui-même.

 

Comment La Fontaine orchestre-t-il les jeux d’échos dans cette fable ?

 

I.                   Jeu avec le mythe

 

1.       Respect du modèle

Souvent les fables = une réécriture d’Esope ou de Phèdre mais aussi reprise d’épisodes de la mythologie. Ici reprise des personnages de l’histoire de Circé ds L’Odyssée. 3Les compagnons d’Ulysse » présents ds le titre+ 1er vers ; Ulysse v 15 et Circé au v 5. La déesse empoisonne les compagnons par un breuvage magique qui les métamorphose (v 6-9).Caractère d’Ulysse = ruse proverbiale (v 15-16) + sagesse (v 17), intelligence « Ulysse était trop fin … «  (v 23-24).Mise en valeur de la réflexion dont Ulysse est capable  par le rejet. Sagesse + beauté (v17-18) = vrai héros.

 

2.       Les variations par rapport au mythe

Hermès n’apparait plus. Et Ulysse échappe au sortilège grâce à sa seule prudence ( v16). Les compagnons ne sont pas tous changés en cochons mais en différents animaux ( v 9-14)→Réflexion sur la condition humaine.

Ulysse n’utilise plus la violence pour obliger Circé à faire cesser la métamorphose mais l’amour (v 19-24). L’empoisonneuse est empoisonnée par l’amour : périphrase « un autre poison » (thème galant et précieux du XVIIe siècle). Les précieuses ont imposé des codes amoureux qui excluent tte brutalité envers les femmes. Homère est adapté aux gouts et à la société du XVIIe siècle !

 

II.                 Jeu avec les personnages de la fable

 

1.       Un apologue traditionnel

L’épisode homérique = transformé pour constituer un apologue avec l’introduction et la morale finale qui lui donne une portée argumentative évidente. Les perso tradi : le lion, l’ours, le loup → le pouvoir et la force. Ils parlent cependant comme les autres, au nom des autres. (v 73-75). Théâtralisation. Argument de réciprocité du loup.

 

2.       La mise en accusation de l’homme par les animaux

 « Je ne veux point changer d’état» = refrain v 38,50 et 73. La condition humaine est  jugée inférieure à celle de l’animal. Le lion est heureux de sa force et de son pouvoir (v34-38). L’ours revendique sa liberté (v48) et se sert du relativisme (v 43-45). Le loup montre que sa cruauté n’est pas plus grande que celle des hommes (v 43-45) cf la même réflexion dans Le loup et les bergers. Cf aussi la formule pessimiste de Hobbes « L’homme est un loup pour l’homme ».

La conclusion du loup = une 1ere morale (v69-71).

 

III.              Jeu avec les morales.

 

1.       Une 1ere morale

On pense d’abord que LF critique la condition humaine en montrant qu’elle est inférieure  ou identique à celle des animaux. La personnification des animaux dans les Fables prépare cette morale cf l’Homme et la couleuvre. Les animaux qui accusent l’homme sont ceux qui sont chargés traditionnellement de vices c le loup. L’homme descend par animalisation, il est un être parmi les autres (≠ de la supériorité biblique présentée par le récit de la genèse). Dans la 2e partie du XVIIe siècle on soupçonne la perversité naturelle de l’homme.

 

2.       Une autre morale sur l’instinct

En fait, LF dépasse cette 1ere morale pour montrer que la condition de l’homme n’est pas inférieure à celle des animaux car l’homme doit accomplir de bonnes actions (v 76-80). Le terme « esclave » très fort  montre la véritable portée moraliste de la fable. Dans la conclusion de la fable qui n’est pas ds le manuel, LF appuie cette leçon en précisant que les compagnons d’Ulysse ne sont pas un cas isolé « Gens à qui j’impose pour peine/votre censure et votre haine).

La spécificité humaine consiste à se grandir par ses qualités humaines pas à ressembler aux animaux !

 

Conclusion : A partir de l’histoire d’Homère, LF écrit une fable où il mêle « le plaisant à l’utile ». Les rappels de l’Odyssée sont plaisants pour des lecteurs classiques nourris aux références antiques et friands de récits merveilleux. Mais LF ne prend que la métamorphose qui devient un prétexte à la réflexion. Il égare d’abord le lecteur avant de lui imposer une conclusion qui ainsi le marquera davantage. Le jeu d’échos est multiple et montre la richesse des possibilités qu’offre la fable.


vhrkbhhv 05/12/2015 16:46

super commetaire! mais il faudrai un peu plus developpé sur reelement l'homme face a cela ou il se place et qu'est ce que dennonce cette fable

Yannis 20/12/2013 00:38

Merci j'ai tout pompé pour faire mon commentaire en français !

Shyra... 26/06/2013 03:10

Très bonne analyse je suis agréablement surprise... merci beaucoup, vous m'avez été d'une grande aide...