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Les Membres et l'Estomac - La Fontaine

Introduction : Célèbre pour ses fables satiriques, La Fontaine fabuliste classique n’est pas révolutionnaire, il est pour la monarchie comme pouvoir indispensable bien que critiquable. Il critique les abus de la royauté dans d’autres fables (Le Paysan du Danube, Les Grenouilles qui demandent un roi). Vers 1650, la France a connu la Fronde, (cf p 18). Quelques années plus tard, devant les exigences financières croissantes du ministre Colbert, certains personnages du royaume s'inquiétent d'une nouvelle révolte. C'est vers cette époque que La Fontaine a écrit cette fable, qui semble soutenir le roi et qui prend pour modèle  celle d’Esope Le ventre et les pieds et un passage de Tite Live (cf document complémentaire)

 

La fable composée d’alexandrins et d’octosyllabes aux rimes variées( croisées, plates et embrassées), met en scène une critique voilée de la monarchie. A travers cet apologue, La Fontaine propose une réflexion ambiguë sur la nécessité du pouvoir politique. La monarchie est utile à l’organisation de la société mais l’éloge comporte aussi une subtile satire implicite du pouvoir.

 

Question : Quels sont les jeux mis en œuvre dans cette fable ?

 

 Elle comporte une introduction avec intervention du fabuliste, un récit, une morale que les membres du corps pourraient tirer de leur rébellion, une comparaison avec la France puis un ex historique, celui de Ménélius qui donne la source et montre l’efficacité de l’apologue. Trois jeux qui exigent la complicité du lecteur.

 

I.                   Reprise d’un apologue très connu dans une métaphore filée

 

1.      Présentation du sens de la métaphore

 

La Fontaine présente  la monarchie c un mal nécessaire, il se justifie au début de la fable (« je devais » = j’aurais dû) car il a abordé des sujets plus moraux que politiques jusque là.(Le livre III commence par Le Meunier son fils et l’Âne. La monarchie apparaît enfin (mais LFontaine aurait pu replacer cette fable avant, il ne l’a pas fait, pourquoi ?)  comme indispensable au corps social.

La  morale précède la narration (v 4)= révélation en avance du sens de la métaphore

La Fontaine  personnifie l’estomac, il le surnomme « Messer Gaster  »(v.4), ac une certaine ironie .L’estomac représente le Roi.

Messer Gaster : nom d’origine grecque pour l’estomac, expression empruntée à Rabelais. C’est un personnage dominant mais l’appellation ironique semble se moquer de celui qui détient le pouvoir.

 

2.      Récit actualisé de la révolte

 

Le gentilhomme ne travaille pas.(les nobles ne peuvent pas « déroger » au XVIIe siècle)

v.7 : « vivre en gentilhomme » vivre sans travailler.

« sans rien faire » Rejet→ humour de La Fontaine.

Rime avec « bêtes de somme » : opposition.

Discours direct : reproches plus vifs« suer, peiner » -questions rhétoriques.

« pour qui ? » : Interrogation familière .

« pour lui seul » : tous ces efforts pour engraisser l’estomac.

v.12 : « Notre soin » soucis, peine, sens fort. Les efforts de tous servent à un seul.

v.13 : « Chommons » ne rien faire, ironie : rien faire est un métier pour les nobles.

« Ainsi dit, ainsi fait » : en ½ vers, un seul hémistiche où l’action a lieu. →Détermination, absence de réflexion des conjurés,

 « cesser », »prendre, marcher, chercher » : 3 verbes d’action qui montrent l’inactivité totale à l’unanimité : inaction totale.

 v.16 : « Tous dirent » : Les membres  l’abandonnent, ils se révoltent

Tous les membres (bras et jambes) s’arrêtent, pas de fidélité d’un des membres envers l’estomac.

 

3.      La révélation déjà annoncée au début de la fable

 

v.17 : « erreur » : en plein milieu du vers, montre la rapidité des conséquences de cet acte inconsidéré.

« bientôt », « tomber en longueur » : le corps n’a plus de force = affaiblissement.

« plus de nouveau sang au cœur » : la mort les attend car le cœur représente la vie.

« langueur », « perdirent », « souffrit», « plus de nouveau sang » : champ lexical de la faiblesse.

v.20 : « Chaque » : répond au v.16 « Tous ».

 v.23: « croire » : révélation de la véritable fonction de l’estomac qui transforme les nutriments pour réalimenter le reste du corps.

v.22 : Derrière l’oisiveté apparente se cache une fonction essentielle et vitale.

 

II.                 Un apologue enchâssé

 

1.      Une démonstration complétée par l’exemple historique

 

Episode célèbre de l’histoire romaine = lutte des patriciens contre la plèbe.En 500 avt JC, 1 classe sociale détenait tous les pouvoirs. Les autres ne pouvaient pas participer. En 493, la plèbe se révolta et sortit de la ville pour créer une nouvelle communauté. « La commune s’allait séparer du sénat »v34.

Le sénat = le pouvoir politique des patriciens.

 

2.      La leçon politique

 

Malgré les reproches importants soulignés par les énumérations (v34 à 39), la nécessité de survivre les uns avec les autres apparait vite. La plèbe revient à son «devoir »,dernier mot de la fable alors qu’elle était partie pour « une autre terre ».cf le texte de Tite Live.

 

3.      La force de l’apologue

 

La fable a aussi pour thème l’efficacité de l’apologue ds 1 mise en abyme.

Menénius retourne rapidement la foule en colère. Dernier octosyllabe.

Seul moyen employé = « cet apologue » → puissance argumentative du récit métaphorique en situation


 

III.              Un jeu sur l’ambiguïté du sens : éloge ou critique

 

1.      Réciprocité entre le pouvoir et la société

 

« alimente, subsister » : suite de la métaphore filée de l’estomac. 

v.26 : « réciproquement » : insiste sur la réciprocité , la redistributivité et l’échange.

v.27 « tous tiré d’elle l’alimentation » : véritable morale, octosyllabe, sans la monarchie il n’y a plus de société et sans estomac il n’y a plus de corps c’est donc la  mort.

Tous les secteurs sont concernés : armée, commerce, agriculture, justice.

 

2.      Eloge de la monarchie comme garant de la fonction sociale

 

v.31 : « graces  souveraines » : hyperbole, exagération, adjectif mélioratif, éloge de la monarchie.

« entretient seule tout l’état » : fin possible,  la fable ne serait alors qu’un éloge pur et simple.

 

3.      Critique implicite malgré tout de « l’appétit » de la royauté

 

Louis XIV pour entretenir ses guerres lève des impots assez lourds. Son absolutisme (il a fait emprisonner Fouquet, le protecteur de La Fontaine ) et la censure ne permettent pas de critique directe, La Fontaine profite de cet éloge explicite appuyé pour au deuxième degré (cf « d’un certain côté »v3, le lecteur n’est pas obligé de ne voir que ce côté, il peut en voir un autre !) critiquer  la politique de Louis XIV. Ainsi la mise en scène de la révolte lui permet de s’arrêter complaisamment sur le reproche essentiel qu’on peut faire à l’estomac donc à la « grandeur royale » : « qu’à fournir ses repas », de même les reproches faits au gouvernement romain par la Plèbe peuvent être actualisés. Ils correspondent aux reproches français sous Louis XIV : fiscalité lourde ( taxes, impôts, tributs), guerres, vie fastueuse à Versailles.

 

Conclusion : Justification d’un certain équilibre politique et social. La Fontaine soutient la monarchie comme un mal nécessaire mais il reste lucide sur l’impôt et les efforts demandés au peuple.

Sa vision de la monarchie est plus clairement négative dans Les Grenouilles qui demandent un roi (Un peuple de grenouilles qui vivait en démocratie demande au ciel un pouvoir monarchique. On leur donne d’abord un soliveau (un morceau de bois) mais comme elles le trouvent trop tranquille et se plaignent, on leur donne une grue qui les dévore. Et Jupin « le Monarque des dieux » leur conseille de s’en contenter si elles ne veulent pas avoir encore pire. Ce n’est tjrs pas un texte en faveur des rois → à lire.

 

Compléter l’explication par le tableau d’analyse de la métaphore.

Autres questions possibles : En quoi cette fable est-elle représentative de l’apologue ?

Quelle est la force argumentative de ce texte ?